Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Banc public

Ce type est une excroissance de chair.

Une tumeur du banc.

Pas de forme, juste un amas, un assemblage de couleurs comme si le trait qui devait les départager avait disparu.

Une cascade de bourrelets. Non de peau plutôt. Il n’est pas gros. On dirait une bulle ratée quand elle sort de la paille, quand au lieu d’enfler elle se multiplie en chapelet, en grappe.

Le parc est vide.

Juste nous deux.

Il regarde ses pieds. Du moins devant lui. Au sol.

Le parc ressemble à un tableau que le froid aurait verni. Un arrêt sur image. L’air frais semble figer m^me le mouvement des arbres et deux oiseaux noirs qui paraissent se heurter à une vitre et qui tournoient sans s’approcher, étonnés de ne pas entrer dans le décor.

Juste lui qui détonne.

Une obscénité. Une palpitation.

Le nez long et gras. Des rides épaisses. Le ventre en avant moulé par un pantalon gris monté trop haut. Il ne bouge pas et pourtant on le sent vivant. La veste grise aussi mais plus clair suit le mouvement de son souffle. Il respire comme on ronfle en dormant.

A quoi est-ce qu’il pense, quelle forme ont les idées quand elles naissent de lui ?

Pourtant il a dû être jeune. Mince peut-être. Beau sûrement pas. Mais remuant. Il a aimé. Pleuré. Rit. Et le voilà au bout quand il ne reste plus que le vide devant soi. On meurt par excès de vie quand la peau trop molle ne peut plus retenir cette incapacité à ne pas être qu’on appelle la vie.

Enfant il devait courir. Il a été écolier avec une mère qui lui préparait son cartable et son goûter. Il a cru au père-noël, il a été étonné au pied du sapin. Ou alors il a eu une enfance triste. Lourde à porter. Voilà il est aussi épais. Soldat aussi. Il a marché au pas, porté l’uniforme.

Toujours immobile. Tout juste parfois un mouvement d’épaules. Comme s’il glissait du banc ou pour rajuster sa veste. Ses mains sont posées ouvertes sur ses cuisses. Des mains grandes, grasses, pâles. Quel métier ? Il a travaillé aussi. Il s’est levé les matins, s’est rasé, habillé, eu des collègues. Il lève parfois la tête. Non. Les paupières qui se soulèvent un peu plus et me regarde. Des paupières gonflées. Quand je vois qu’il me voit je regarde par-dessus lui et me fait le regard vide.

A quoi il pense ?

Il ne fume même pas. Fumer c’est un peu consumer cette envie de bouger.



03/04/2016
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