Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Deuil extrait 2

 

J’ai regardé le ciel ma peluche dans les mains.

Sur terre la vie grouillait.

Un globe comme un crâne rempli de poux.

Il y avait le ciel.

Moi.

Et tout ce qu’on avait pu penser, dire ou écrire ne changeait rien à cette seule réalité.

J’étais tout entier reflué en moi. Non pas replié. Ni même enfermé. Concentré, condensé, juste une conscience claire qui se moquait de leurs mots, de leurs airs, de leurs explications. Rien ne comptait. J’étais étanche. Rien ne mordait.

D’un geste, d’un sourire, j’aurais pu redevenir des leurs ou tout au moins faire semblant. C’était facile. Et impossible. Ils ne me concernaient pas.

Le plaisir, la joie, c’est une certaine manière de se dorloter, de jouir de soi en scène. Je n’avais plus envie de jouer.

Toute illusion dissipée il restait ce corps et la conscience que j’en avais. Un corps qui m’imposait ses besoins.

Et il allait falloir vivre parmi eux.

On ne vit pas sans plaisir.

Quoiqu’on fasse c’est toujours ça qui mène.

Je repensais à toutes mes lectures, avec mépris, Cioran, Schopenhauer, tous ces clowns souffreteux qui passaient une vie à dire que la vie ne valaient pas la peine d’être vécue et   contredisaient ce qu’ils écrivaient par le simple fait qu’ils l’écrivaient.

Mon seul refuge, ma seule défense, c’était l’indifférence. Tout de suite je l’ai su.

Aimer, vivre, suppose toujours un petit attendrissement douillet sur soi.

Je n’avais plus de tendresse.

Ces mains qui avaient tenu les tiennes, qui avaient le don de t’apaiser n’apaiseraient plus personne.

Elles resteraient vides et inutiles.



14/04/2016
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