Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Doux souvenir

 

En tournant ici, dans ce quartier que je connais peu je le vois du dehors et je découvre que je n’aime pas cette vie en Hlm. Ces vies entassées, superposées, qui végètent comme les vieilles plantes en pot qui sèchent sur les balcons. Ici tout est figé. Caricatural.

 

 

 

Trouver. Me trouver derrière ce rire. Quelle est la réalité de moi derrière ce maquillage de clown ?

Cette enfance racontée et qui a ému et fait rire comment était-elle vraiment ? J’étais ce petit garçon qui allait au collège. Un petit garçon vivant , avec du sang dans les veines, bourré de peurs ,d’angoisse et de complexes qui a inventé ses défenses comme il a pu avec ce qu’il avait , mais où est-il sous cette armure de rire et d’humour , d’autodérision comme un champ de forces pour tenir à distance toute agression et toute douleur ?

Il y avait le bus du jeudi. Le bain du samedi. L’odeur des frites. La façade immense percée de fenêtres comme une immense alvéole.
Je t’ai trahi petit bonhomme. Moi aussi je me suis moqué de toi. De tes peurs, de ton orgueil, de ta faiblesse, de ta fragilité, de ton cartable trop lourd, de tes jambes trop maigres comme un petit scarabée, de tes oreilles trop grandes.

Petit bonhomme tu as grandi,  tu es devenu moi et je te demande pardon.
Je ne suis pas fier de ce que je t’ai fait. Je suis passé de l’autre côté et je t’ai vu avec leurs yeux et tu n’as plus été que cette silhouette, ce corps comme une chose sans plus rien dedans, mue à l’envers où la carapace continue de vivre en tuant la bête qu’elle devait protéger.

 

Ici je suis passé. Il y a eu la réalité de moi avec mon cartable sur le dos qui dépassait les épaules, qui courait de peur qu’on le batte ou qui baissait les yeux de peur qu’on ne rit de lui, aussi parfois qui se sentait léger dans l’odeur de lilas ou d’aubépine, heureux que quelqu’un t’ai parlé, m’ai parlé, fille ou garçon et que nous avions senti un peu d’amitié et de chaleur. Tous ils ont cogné dessus. Dessus cet air d’indifférence que j’affichais. Personne jamais n’a écouté cette douleur à l’intérieur.

Pas même moi.

Si. Une fois. Pauvre chose mais unique souvenir.

Cette prof mignonne qui m’avait appelé à la fin du cours, j’étais arrivé au bureau en essayant de maîtriser le tremblement de tout mon corps. Je m’attendais au pire et elle me dit, sans rire, d’une voix douce :

-Vous savez, vous ne devriez pas craindre de parler en public, vous n’avez pas une vilaine voix, seulement un débit un peu rapide.

Souvenir de ce regard de sympathie sincère, moment doux. Unique moment.

Et je reste pétrifié. Je rougis, je le sens et plus je veux résister plus le sang afflue. Elle range ses affaires, par pudeur pour ne pas me gêner de son regard, et je fonds, quelque chose qui se réchauffe à l’intérieur. Elle me sourit.

-A demain…

Qui le croirait ? Unique moment. Gratuit. Le reste je l’ai payé.

D’une manière ou d’une autre.

 



13/05/2016
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