Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Enracinement

On est là à vivre comme dans nos maisons de poupée. Petit placage sur l’infini du vide.

Je comprends sur ma cime de l’esprit à l’extrême bord du précipice la dignité de prendre le parti de la chair humiliée.

Pauvre dépouille condamnée à la poussière ou aux vers tu es ma seule Vérité.

Qui pleure sinon ces pauvres yeux de particules provisoires assemblées pour se dissoudre ?

Quelle dérision que tout cela.

De quel droit, au nom de quoi ces apparences qui fleurissent pour disparaître, qui s’aiment et se manquent. Boue peut-être mais à qui la honte sinon à la main qui la pétrit ?

Et si au contraire notre corps était notre seul refuge comme on se blottit à deux  contre le froid de la solitude ?

Animale peut-être mais c’est la seule chaleur que je connais .

Si la vérité cachée était celle-ci bien plus terrible et sans mystère ni consolation ? Que cette chair est sacrée et l’esprit est impur ? Que cette pauvre limite est notre seule éternité. Que cette toute pensée ne serait que le produit d’une chair inadaptée, incapable de jouir d’être malgré sa brièveté ? Qu’il n’y ait que ce plat sans espoir d’altitude.

Et que c’est au fond de l’exclamation de ce  qu’on dit petit moi que se tient la Vérité. Que contre ce besoin de mettre à tout des majuscules il n’y ait que cela minuscule mais terriblement beau de sa condamnation même. Dans l’affirmation de cette fragilité contre tout ce qui la nie et la broie. A qui la honte ? A la force aveugle qui l’entraîne ? Et  que cet ancrage de toute une volonté soit tout ce que l’on est ? Que c’est cela la divinité de l’homme, sa seule affirmation possible. Une divinité sans éternité, sans rien d’autre que son dénuement et qui tire son éclat d’être fugace. Bref mais indéniable. Un cri de cette chair muette qui n’a pas d’avenir ni rien d’autre qu’elle-même ? Et si ce cri de fidélité à soi était la vraie étincelle ? Qui tient sa grandeur de rien d’autre que de s’affirmer ? Si cet attachement était le seul cri entendu comme digne de l’être ? Si ce non qui n’est pas négation était la seule réponse attendue par rien d’autre que nous même ?

Que ce soit cela seul qui soit attendu, ce refus de mentir. Ce refus de trahir. Ce maintien contre tout, de ce à quoi l’on tient, de ceux à qui l’on tient. Sans rien tenir d’autre que de soi ni demander ni attendre. Et par là même se poser égal. Accéder à Dieu de se poser Dieu. Créer Dieu de devenir Dieu. Le forcer à exister de notre puissance d’être. Au-delà de toutes les suppositions s’en tenir aux visages aimés notre seule réalité et créer leur éternité de forcer Dieu à nous admirer.

Un enracinement qui perce le ciel.



18/06/2018
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