Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Extrait d'' "Elle" (Deuil)

Partir.

Leur abandonner ce monde de besogneux et de comptables.

Il lui fallait pour y tenir la complicité de quelques esprits comme elle. Un seul. Et elle ne l’a plus.

Partout la médiocrité.

Sartre se fâche avec Camus, Nietzsche renie Schopenhauer qui n’aime pas Hegel qui n’aime personne.

Quel dégoût.

Juste partir.

Même s’il n’y a que le rien au moins il n’y aura pas ça.

Et tenter d’y remédier c’est consentir à participer. Y mettre les mains dedans.

S’endormir comme un accord retrouvé.

Il faudrait qu’elle écrive cela, une forme de testament, où elle dirait ce manque de sacré, ce grouillement de vermines, pour dire par contraste ce besoin de pureté vraie, cette idée autre d’une vie possible.

A quoi bon.

Là encore ils liraient et ça passerait dans leurs cervelles sales pour en faire quoi ? Et qui changerait quoi ?

Rien.

Tout est vain.

Un rêve s’il veut rester pur ne doit s’imposer que par le consentement ou la terreur. Tout le reste est compromission et souillure donc par les moyens la négation même du but à atteindre.

En même temps qu’elle s’assoupit elle a l’impression que son cerveau accélère.

Il y a une image incongrue qui s’impose. A quand remonte-t-elle ?

En tout cas elle s’est imprimée.

A la boucherie plus bas, il y a bien des années, une grand-mère toute en noire pleurait avec la bouchère compatissante puisque commerçante la perte de son amie d’enfance. Elle revoit son dos soulevé de gros sanglots.

-Dire qu’elle est partie…

Et les souvenirs s’égrenaient. La bouchère entre-temps servait d’autres clients et revenait à elle qui, courage absolu, préparait tout de même le repas de Noël.

-Et moi je reste...plus fines les tranches...

Voilà. La vie.

Ecrire au coeur de la nuit dans cette intimité silencieuse où ils n’ont pas part.

La poésie est soit Dieu qui se manifeste par le silence des choses comme un appel muet soit l’esprit humain qui y projette une illusion.

Elle avait écrit ça à quinze ans.

Et c’est la même phrase qu’elle retrouve presque trente ans plus tard comme la seule méritant un intérêt. Et elle le formulerait avec la même maladresse, la même pesanteur.

Bien loin des leçons apprises.

Dans la nuit juste un coeur qui s’interroge.



18/04/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 13 autres membres