Inno'sens pas à pattes

Inno'sens pas à pattes

Prélude...

 

Ecrire est un jeu d’enfant dans un monde d’adulte.

Comme enfant.

A huit ans j’ai eu un jeu de magie.

Une grande et belle boîte que j’avais commandée au  Père-Noël, que j’ai attendue avec impatience et fébrilité de longs mois J’étais hypnotisé par l’image de l’enfant en tenue qui transformait d’un coup de baguette tout ce qu’il voyait en ce qu’il voulait.

De cette baguette j’en ai rêvé. Je m’endormais avec  l’idée du jour ou je l’aurai bien à moi. Une baguette qui  faisait des miracles, qui donnait le pouvoir absolu.

Un geste , une formule et hop !

Plus rien ne serait jamais pareil. D’un coup de baguette ,je me défendrais à la récré en changeant ces singes hurleurs en enfants doux comme sur les images des livres d’école ,d’un coup de baguette je me transformerai en bon joueur de billes ,en bon joueur de foot ,en garçon musclé ,en enfant courageux. Bref je me métamorphoserai en tout ce que je n’étais pas.

Mais je me suis retrouvé avec un bête bout de bois peint et mal peint encore, qui sentait le vernis et j’avais beau faire rien ne changeait ,j’avais beau l’agiter dans tous les sens comme on tourne la fourchette dans la mayonnaise la sauce ne prenait pas.

Il y avait aussi toute la panoplie du parfait petit prestidigitateur, l’œuf qui fait disparaître les foulards ,le sac à triple fonds mais il n’y avait rien de magique : c’était de la triche.

Et je suis resté ce gamin qui continuait de se faire plumer aux billes, qui ne savait  pas courir avec un ballon au pied  ,et muscle je ne le suis jamais devenu ,je suis resté tel quel ,maigre aux cotes saillantes et les genoux anguleux.

Pour tout pareil.

J’attendais tous les lundis mon journal préféré : j’avais la foi en Pif- Gadget que je lisais Pif- cadet en supposant qu’il existait pour plus tard une version Pif- junior et Pif- Senior. Donc j’avais la foi en Pif- gadget et le buraliste était son messie. Mais la foret  que me promettait la photo du numéro précédent après plantation de mon sachet de graines de moutarde devenait cette ridicule touffe de tiges vertes qui séchaient sur un coin de radiateur dans un couvercle de confitures soigneusement rincé cela va de soi, Et les cerfs-volants que l’enfant sur l’image peinait à maintenir, une fois que j’essayais de le faire voler semblait s’être métamorphosé en plomb ,alors je trainais par terre un assemblage mal ficelé de balsa et de plastique qui refusait de décoller et finissait par se déchirer sur les gravillons. Et la bague magique qui lançait un filet d’eau comme une vessie malade, hilarité garantie, poilade indescriptible ! Et le ventilateur de poche qui n’entrait pas dans ma poche et qui ne ventilait pas.

Une liste hallucinante, des années d’espoirs et d’attente qui finissaient en fausses couches, semaine après semaine.

Le monde est désillusion et Pif -Gadget une escroquerie.

Toute une vie.

A la puberté les rêves et les impatiences changent d’objet mais  demeure le même espoir d’une magie.

Les femmes.

J’en ai eu de ces rêves turgescents ou rien que l’évocation de leur silhouette ou l’illusion de leur souffle contre ma peau  me transportait dans un autre monde.

Je les rêvais douceur immatérielle, je les découvrais hystériques et massives avec cette tendance si particulière du désir féminin de ramener les choses les plus pures à la plus immonde des saloperies ou au plus ridicule du théatral. Entre celles qui se la jouaient éthérées et ne jouissaient qu’à leur corps défendant défendu par toute une mimique de précieuse et celles  qui me soupesaient les testicules d’une main ferme et experte comme le paysan jauge un taureau j’étais un peu égaré.

Et quand leur bouche se collait contre la mienne je refoulais les images grotesques ou écoeurantes qui me passaient par la tête ,comme le transfert de chewing-gum trop mâché ou  le décollement sournois d'un reliquat de viande accroché au détour d'une canine.

Entre nausée et fou-rire.

Et quand la même bouche m’enveloppait pour une caresse plus intime je redoutais l’éternuement, la brutale crispation des mâchoires qui m’auraient rendu angelot.

Ces bouches rêvées douces et moelleuses étaient le plus souvent râpeuses telles des éponges desséchées. Et toujours cette angoisse du fou-rire, aussi incongru qu’en plein enterrement. C’en était un d’ailleurs, celui de mes illusions, mais vrai ,de voir cette fille que l’ivresse et  les hormones m’avaient imposée ,basculer son regard pour me faire des yeux tout blancs et marmonner des mots doux d’une voix imbécile ,agitée de secousse comme une épileptique en crise ,il y a de quoi avoir des envies de monastère et de chasteté.

D’avoir ensuite sur mes doigts l’odeur de leur intimité et leur salive refroidie qui me tressait les poils des oreilles, des envies d’être un pur esprit délivré des contigences matérielles.

Et puis écrire. Qui s’impose. De façon évidente sans pourtant que j’en puisse dire la raison.

Ecrire ,au début une défense ,comme un organisme qui suppure. Je suinte du texte.

A quinze ans.

En troisième.

Souvenir des cours de français.

Je me passionne pour les biographies ,l’anecdotique.

Balzac rongé de dettes écrit Goriot, Beethoven poursuivit par les huissiers trouve l’ouverture de la cinquième dans le bruit des poings qui martèlent sa porte.

Sans savoir pourquoi ces détails s’impriment.

J’aime ses vies ou tout n’est que matériau qui attend la transmutation.

Alors un jour on verrait qui c’est la vedette ! Vous verrez, les dribleurs de cour de récré ,les grimpeurs de corde ,les boss ,les superman.

Bon en attendant d’être un batman du waterman je n’étais qu’un con mais un jour…Balzac avant d’être Balzac avait été ce gros provincial mal dégrossi.

Maintenant je savais. Il fallait attendre la femme qui me révèlerait à moi-même. Tous ils avaient eu cette rencontre.
Restait à être attentif.

Attendre la rencontre, le déclic.

J’attends toujours.

Faute de rencontre je me paye une psy comme d’autres se paient une pute ,pour m’aider à voir ce que l’amour m’aurait aidé à découvrir.

Pourtant j’y ai mis de la bonne volonté.

Une suite de copulations dans des deux-chevaux à m’incruster le volant dans le dos tandis qu’elles m’épilaient le pubis avec ma fermeture éclair et qu’elles se plaignaient de l’inconfort de la situation .Est-ce qu’on a jamais dit à Sartre « Aïe ! jai mon sac qui m’appuie sur les côtes ! » ?

Pas plus qu’à Maupassant « Soulève toi tu m’écrases contre la porte ! »

Ou dépêche toi j’ai mon briquet qui me rentre dans la cuisse.

Est-ce que Camus a été contrôlé à deux heures du matin par un pervers pépère en uniforme dans une voiture embuée ?

Elles n’avaient pas l’air de déceler quoique ce soit de particulier en moi et semblaient, plus qu’emerveillées par ma sensibilité ,déplorer mon incapacité à danser ,mon total manque de gaieté simple.

Ma vie.

La voilà.

Qui apparaît nue,dépouillée de ce que je voulais y voir. Mais c’est comme un rot aigre d’un repas trop lourd ,un renvoi acide de la mémoire.

L’enfance. L’adolescence. L’armée. Mes boulots.

Que du dégout.



01/04/2016
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